L’Isère au tournant de la crise sanitaire

La crise du Covid 19 bouleverse non seulement nos existences et nos activités, mais elle nous questionne aussi sur l’avenir. Penser demain et imaginer quelles peuvent être les réponses du territoire est au cœur de la mission d’Isère Attractivité. Issue de la transformation d’Isère Tourisme, l’agence créée en janvier 2020 a élargi sa gouvernance en intégrant des acteurs représentatifs de différents secteurs.

Dans cette première tribune, inaugurée par Chantal Carlioz, Présidente d’Isère Attractivité, des représentants du monde économique et universitaire du département nous apportent leur témoignage sur la crise et nous font part de leur réflexion pour demain.

Dans ce contexte exceptionnel de crise sanitaire, l’agence souhaite via cette première tribune, mettre en avant la solidarité dont ont fait preuve de nombreux acteurs du territoire, et malgré toutes les incertitudes qui demeurent, vous partager leurs réflexions, leur vision et des pistes à explorer pour l’avenir.

Questions/Réponses à Chantal Carlioz, Vice-présidente du Département de l’Isère en charge du tourisme, de la montagne et des stations et Présidente d’Isère Attractivité

Dans quelle situation se trouve l’activité touristique ?

Comme tous les secteurs, le tourisme a été gravement atteint. Les pertes sont estimées à 118 millions d’euros pour le mois de mars et 135 millions pour le mois d’avril. Sur cette période, les restaurants, soit 5000 établissements dans le département afficheraient une perte de 147 millions d’euros. Le secteur de l’hébergement, dont l’hôtellerie pèse pour 72 %, accuserait 44 millions d’euros de pertes.

Comment l’Isère s’est mobilisé face à la crise ?

Depuis longtemps, la solidarité et le partage sont des valeurs fortes en Isère. Dans la crise COVID-19, particuliers, associations ou entreprises de tous secteurs ont multiplié les initiatives pour parer à l’urgence et juguler la pandémie face à la pénurie de moyens.

Des liquoristes et fabricants de boissons réputés ont mis à disposition une partie de leurs réserves d’alcool pour fabriquer une solution hydroalcoolique destinée aux hôpitaux isérois. Des particuliers, des entreprises de toutes tailles et de toutes filières, nos centres de recherche, se sont lancés dans la fabrication de masques. À l’Alpe d’Huez, des moniteurs de ski ont transformé leurs anciennes tenues en masques de protection. Nos grands groupes comme Air Liquide, Schneider Electric se sont mobilisés pour la fabrication des respirateurs.

Partout en Isère, des initiatives comme celles-ci se sont multipliées dans tous les secteurs pour faire vivre la solidarité devant l’urgence… Le monde agricole s’est mobilisé pour valoriser la diffusion en circuit court, et faire connaitre les produits locaux, et notamment ceux de la marque Ishere, proches de chez soi grâce à la création d’une carte interactive mise à jour quotidiennement. Dans la gastronomie et le tourisme, on a vu des chefs mettre gratuitement leur talent au service des personnels soignants ou des plus démunis. Ou l’aéroport de Grenoble-Alpes Isère se reconvertir dans le transfert sanitaire d’urgence. En résumé, les initiatives ont été exemplaires d’un territoire où l’intelligence collective n’est pas un vain mot.

Témoignages d’acteurs isérois : Demain commence aujourd’hui

– EDF Hydro Alpes : L’énergie hydraulique, une énergie de territoire

Manuel Lenas, Directeur du programme Une rivière Un territoire, nous rappelle quel rôle essentiel elle joue pour le territoire.

La filière hydroélectrique est l’un des moteurs de l’activité économique et industrielle de l’Isère, département hydraulique n°1 d’EDF en France. C’est aussi, avec les lacs de barrages nichés au cœur des massifs et des vallées, un atout majeur pour l’attractivité touristique du département. L’énergie hydraulique est donc une énergie de territoire et à ce titre, notre activité contribuera après la période de con nement, à la relance de l’économie iséroise. EDF Hydro fait en e et appel à plus de 700 entreprises prestataires locales. Et nous produisons chaque année, ici au cœur des vallées iséroises, une énergie 100% locale et renouvelable, équivalente à la consommation résidentielle de plus de 2 millions d’habitants !

– Pour Emmanuel Delafon, Président de Chartreuse Diffusion, cette période de crise doit être l’occasion de nous poser les bonnes questions.

Dès 2020, nous allons donner une journée pour l’humain et l’environnement : tous les collaborateurs donneront leur journée de travail au profit d’un des projets que nous soutenons directement et qui interviennent directement en Isère : Sylv’acctes, Mountain Riders, Tero Loko ou Rivières Sauvages.

Être en Isère nous donne ainsi un avantage indéniable pour mener ces projets : la Nature est omniprésente.

– Depuis le début de la crise, le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique) s’est investi dans la lutte contre le virus ; le don d’équipements et la mise au point d’un nouveau modèle de masque. Céline Soubeyrat, Chef de Projet EasyPOC au CEA nous décrit les projets.

En coordination avec ses partenaires de recherche, et en cohérence avec la stratégie mise en place par le MESRI (ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation), le CEA est aussi mobilisé pour participer à l’effort national de lutte contre le coronavirus. Des équipes travaillent en ce moment même à la compréhension du virus et l’élaboration de tests de dépistage.

Un collectif d’acteurs économiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes composé du CEA, de grandes entreprises (Michelin, ARaymond, Schneider), de PME (Ouvry, Sofileta) et d’institutions et collectivités (mairie de Grenoble, région Auvergne Rhône-Alpes, Agence Régionale de Santé, CHU GA, préfecture de l’Isère, ordre des médecins et la Société Française de Médecine de Catastrophe), sous l’impulsion et la coordination du collectif grenoblois VOC-COV (Volonté d’Organiser Contre le Covid-19), travaille depuis le 16 mars dernier à la conception et au déploiement à grande échelle d’un masque réutilisable.

– La French Tech in the Alps-Grenoble s’est mobilisée pour son éco-système de start-ups. Jean-Pierre Verjus nous explique comment elle se penche aussi sur l’après crise.

Depuis le début de la crise, French Tech in the Alps – Grenoble a proposé de mener un plan de soutien à l’écosystème, en trois actions :

– organiser des mises en lien entre entrepreneurs (en 1to1) pour leur permettre d’échanger et de se coacher entre pairs,

– organiser sous la forme de webinars des témoignages d’entrepreneurs qui sont déjà passés par des crises ou qui y répondent actuellement

– établir une liste rouge – en lien avec les autres structures de l’écosystème – pour recenser les entreprises et les entrepreneurs en difficulté, et apporter la mise en relation la plus adaptée selon les cas. Dans un second temps, nous envisageons d’engager une réflexion sur l’après-crise.

– L’Université Grenoble Alpes Métropole a monté sa première cellule de crise le 24 janvier puis l’université s’est rapidement adaptée au nouveau contexte. Pour Joris Benelle, Directeur Général des services, les acteurs isérois ont une force collective exceptionnelle. Elle nous aidera à tirer toutes les conséquences.

A l’UGA, la première cellule de crise s’est déroulée le 24 janvier, jour de fermeture des mobilités dans une partie du territoire chinois. En quelques jours, c’est toute l’université qui a su s’adapter à cette situation au service des étudiants et des personnels. Les services, administratifs, centraux, au sein des composantes et des laboratoires de recherche, travaillent à distance et permettent à l’université de fonctionner. Les enseignants et enseignants-chercheurs ont adapté leurs enseignements pour permettre aux étudiants de poursuivre leur apprentissage à distance. Il est important de permettre à nos étudiantes et étudiants de finir leur année universitaire dans les meilleures conditions possibles sans dévaloriser les enseignements et les diplômes.

– Pour Loïck Roche, Directeur Général de Grenoble Ecole de Management, il n’y aura pas de retour à la normale. L’extraordinaire pourrait devenir l’ordinaire.

Dès demain, et plus encore qu’aujourd’hui, parce que nous voulons et devons être une partie de la solution, nous allons construire avec l’ensemble des acteurs du territoire. Cela veut dire également prendre appui, et là aussi plus encore qu’aujourd’hui, sur les forces de notre écosystème parmi lesquelles la technologie, l’innovation, l’engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique. Notre ambition, après avoir appris et tiré toutes les conséquences de la crise sanitaire, porter une nouvelle écologie globale et humaine, condition première si nous voulons nous réinventer et œuvrer à une nouvelle vision du monde.

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